Écriture libre

  • La richesse du Coeur

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    Il était une fois deux hommes qui s'apprêtaient à être reçus par le Grand Conseiller qui gouvernait leur province. L'un et l'autre s'étaient longuement préparés pour cette rencontre car ils la savaient unique et décisive. Selon la tournure qu'elle prendrait, leur vie allait en être définitivement changée.

    L' un des hommes était un riche marchand d'étoffes. Il travaillait jour et nuit, se rendant inlassablement de son atelier à ses nombreux entrepôts situés dans divers quartiers de la ville. Sa famille lui savait gré de ses efforts car ses activités de négoce leur fournissaient à tous de quoi vivre confortablement.

    L' autre homme était un homme veuf qui avait subi une longue suite de malheurs. Lui-même ne savait pas ce qu'il lui arrivait et pleurait doucement pendant la célébration du culte auquel il restait fidèle malgré tout. Ses amis admiraient la persistance de sa foi malgré les épreuves qu'il subissait. Lui leur répondait simplement que la Vie le mettait à l'épreuve.

    Le jour de la rencontre tant attendue arriva enfin. Le riche marchand, élégamment vêtu, se présenta devant la porte du temple très en avance et attendit impatiemment sous un soleil de plomb. L'homme veuf arriva à l'heure, vêtu d'un simple habit blanc.

    Quand la grande porte s'ouvrit enfin, tous deux s'avancèrent et suivirent un long couloir flanqué de larges colonnes qui menait à la salle de réception.

    Le riche marchand, confiant et de bonne humeur, marchait d'un pas vif devant l'homme veuf qui avançait lentement derrière lui à petits pas, le dos voûté par le chagrin.

    Arrivés à la grande salle, ils s'inclinèrent respectueusement devant le Grand Conseiller. Celui-ci, après leur avoir souhaité à tous deux la bienvenue, se tourna vers l'homme veuf :

    - Homme veuf, es-tu prêt à entrer dans le royaume promis ? demanda-t-il solennellement.

    - Oui, je suis prêt, répondit l'homme veuf avec tristesse. Je ne possède plus rien, tout m'a été pris et je me présente ainsi dans ma plus grande simplicité.

    Ce fut au tour de l'homme riche de répondre à la question.

    - OuI, bien sûr, Ô Grand Conseiller, répondit-il d'un ton joyeux. Je suis prêt !

    Un moment de silence s'ensuivit. Le Grand Conseiller scrutait le coeur et l'esprit des deux hommes et attendait de leur poser l'ultime question, celle qui déterminerait définitivement la direction de leur vie dans ce nouveau royaume.

    - Alors, homme riche, dis-moi, de quoi a-t-on besoin dans ce nouveau royaume ?

    L'homme riche se mit à réfléchir. Il possédait tant de choses qu'il ne savait pas exactement ce qui allait être le plus utile dans ce nouveau royaume. Des meubles, de l'argent, de la nourriture, de l'or ? Il était en proie à un doute affreux. Et s'il se trompait de réponse ? Il en devint tellement nerveux que de grosses gouttes de sueur se mirent à couler le long de son visage. Pour un peu, on aurait cru qu'il s'était mis à pleurer.

    Le Grand Conseiller posa alors la question à l'homme veuf. Celui-ci répondit sans hésiter :

    - Il n'y a besoin de rien d'autre que de la force du coeur qui ouvre toutes les portes et accomplit tous les miracles.

    L'homme riche lança un regard ébahi à son voisin. Quelle étrange réponse entendait-il là ! Jusqu'à preuve du contraire, la force du coeur n'avait jamais rendu un homme riche !

    Le Grand Conseiller se leva et annonça :

    - Tu as donné la bonne réponse, homme veuf. La richesse des biens de ce monde ne peut passer la porte du royaume subtil de l'esprit. Tu as été mis à l'épreuve dans ce monde parce que ton coeur était prêt à passer ce seuil de la connaissance et désormais, te voilà riche dans ce nouveau royaume.

    L'homme veuf fut transporté dans une contrée où il retrouva sa femme et tous ses biens tandis que l'homme riche s'en retournait chez lui, absorbé dans ses pensées, réfléchissant comment alléger au mieux son fardeau de richesse en le partageant avec ceux qui n'avaient rien.

  • Conseil planétaire

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    Le Soleil et la Lune tenaient conseil dans la salle des Trônes dorés. Ils avaient convoqué les sept planètes sacrées et ensemble débattaient de la grande question qui les préoccupait tous.

    A l’occasion de cet important Conseil, la salle des Trônes avait été richement parée de larges tentures aux couleurs ondoyantes. Elles resplendissaient de mille feux sous l’action des rayons du Soleil et de la Lune installés tous deux sur une large estrade au fond de la salle. Assis en demi-cercle devant les deux grands astres, les sept planètes attendaient de pouvoir s’exprimer.

    Le débat en question concernait la planète Terre qui donnait du tracas à toutes les planètes réunies. Après un moment de silence, le Soleil reprit le cours du débat en s’adressant à Jupiter.

    - Alors Jupiter dit le Soleil, qu’en penses-tu ? Quel est le meilleur moyen de spiritualiser cette petite planète ?

    Jupiter, revêtue de sa grande toge blanche lumineuse, esquissa une moue dubitative.

    - Ma foi, Grand Soleil, je ne sais pas trop. Pourquoi ne pas essayer une action directe ?

    Un murmure de protestation se fit entendre dans l’assemblée. La Lune leva une main en signe d’apaisement et se tourna vers Vénus.

    - Vénus, que veux-tu nous dire ? demanda-t-elle à l’intention de la belle planète revêtue de rose et de pourpre.

    - A mon humble avis, une action lente et mesurée serait plus efficace sur le long terme. Il est évident que les rayons solaires permettraient une action rapide et efficace mais qu’en serait-t-il alors des éléments de la patience et de la maturation ?

    A ces mots, Saturne, que l’on reconnaissait à ses larges anneaux et son ample vêtement vert argenté opina du chef de façon solennelle. Le Soleil l’invita à la parole.

    - Oui, fit Saturne d’une voix calme et posée. Vénus a raison. Rien ne peut se faire sans le facteur temps, sous peine de devoir tout recommencer.

    Cette fois ce fut un murmure d’approbation qui traversa la salle suivi d’un instant de silence, chaque planète s’absorbant dans ses propres réflexions. Par les fenêtres de la salle des Trônes se faisait entendre une douce musique qui émanait des multitudes de petites sphères gravitant autour du palais cosmique, donnant une note joyeuse au sérieux de l’assemblée.

    La Lune tourna son regard vers Mars, l’interrogeant en silence. Mars et Pluton étaient invitées à titre exceptionnel à ce Conseil car toutes deux, à l’instar de la Terre, n’avaient pas encore été déclarées sacrées par le Soleil.

    Etincelante de mille feux écarlates, Mars déclara qu’elle ne désirait pas être impliquée dans cette opération plus que nécessaire, étant dans l’obligation de veiller au maintien de l’ordre sur son propre territoire. Elle ajouta que seule son énergie de volonté bénéfique pourrait être mise à disposition.

    Puis vint le tour de Mercure se présentant dans une robe scintillant de reflets mauves et jaunes.

    - Après avoir longuement réfléchi à la question, je suis d’avis que la meilleure façon d’apporter la connaissance supérieure à la planète Terre est de procéder par l’entremise de ses habitants. Ce sont eux qui peuvent le mieux incarner nos intention et nos directives.

    Un mouvement de surprise balaya la pièce. Les planètes tournèrent toutes leur regard en direction du Soleil et de la Lune, guettant leur réaction. Les deux astres échangèrent un long regard, puis consultèrent Neptune parée de sa belle robe bleu indigo.

    - Évidemment, commença celle-ci, il ne faut pas sous-estimer le facteur émotionnel. Nous ne voulons quand même pas effrayer les petits habitants de la Terre avec des influx d’amour et de sagesse trop puissants, n’est-ce-pas ? Ce qu’il faut, c’est leur enseigner la juste mesure, la modération et surtout, la notion de partage et de coopération ! Sans cela, tous les efforts resteraient vains !

    Le Soleil poussa un profond  soupir qui emplit tout le cosmos. La tâche lui semblait à vrai dire insurmontable malgré le fait que le Conseil des Planètes était habitué à débattre de questions difficiles.

    C’est alors qu’Uranus, parée de multiples couleurs étincelantes à l’image des étoiles, sortit de son silence.

    - Chères planètes, ne vous inquiétez donc pas. Mon énergie de connectivité sera assez puissante en temps voulu.

    - Vraiment ? demanda le Soleil étonné en fronçant les sourcils.

    - Oui, il est mathématiquement prouvé que lorsque les rayons des planètes auront coordonné la force d’amour, de sagesse et de compréhension, il s’ensuivra automatiquement une volonté de partage et d’accomplissement global. Ce temps d’accomplissement est inscrit sur le calendrier cosmique avec une marge de retard ne dépassant pas trois révolutions solaires.

    Le Soleil et la Lune se regardèrent, approuvant du regard les sages paroles d’Uranus. Mercure renchérit joyeusement.

    - Oui, c’est absolument logique ! s’écria-t-elle. Lorsque les trois conditions seront réunies grâce au facteur temps, la lumière jaillira pour illuminer la planète et ceci ne peut s’accomplir que par l’entremise de ses habitants ! Faisons confiance à ce procédé, il semble tout à fait raisonnable ! Et Vulcain se chargera de forger les consciences, n’est-ce-pas ?

    Vulcain, revêtue de sa lourde parure métallique approuva silencieusement tout en esquissant un sourire, heureuse de pouvoir contribuer à cette entreprise inédite et grandiose. Dans l’allégresse qui suivit, Pluton, enveloppée de son lourd manteau anthracite s’était faite toute petite pour éviter d’être sollicitée. Elle était d’avis que son influence ne devait pas dépasser le périmètre de son propre sol.

    Ainsi s’acheva donc le dernier Grand Conseil des Planètes où fut décidé du sort de la planète Terre. Ses habitants furent investis de la mission divine de devenir les interprètes directs de la volonté cosmique et ceux-ci s’attelèrent aussitôt à l’honorable et difficile tâche qui leur avait été attribuée.

  • Source de Sagesse

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    Le Pèlerin se tenait devant la porte du temple et frappa trois coups brefs à l’aide d’un heurtoir en bronze. Après quelques instants la porte s’ouvrit lentement, laissant apparaître un homme âgé, légèrement voûté, revêtu d’une robe de bure.

    - Que veux-tu, Pèlerin ?

    - J’ai accompli le cycle des expériences terrestres et je me tiens devant toi pour entrer dans le sanctuaire.

    L’homme âgé examina attentivement son visiteur. Il scruta longuement son visage tout en gardant une main sur la porte. Finalement, il se déplaça pour le laisser entrer.

    - Viens, entre !

    Le Pèlerin s’avança et suivit son hôte le long d’un corridor jusqu’à ce que tous deux arrivent dans une pièce baignée de lumière.

    - Alors, dit le moine en se tournant vers le Pèlerin, tu penses avoir terminé le cycle des expériences terrestres ?

    - Oui, absolument !

    - Hum, en es-tu sûr ?

    - Oui, dit le Pèlerin, le Phénix m’est apparu alors que je méditais.

    - Et que comptes-tu faire maintenant ?

    - Utiliser mes connaissances, les développer, les faire fructifier !

    Le Pèlerin et son hôte s’étaient assis sur deux chaises en bois sculpté devant une table recouverte d’une nappe blanche. Sur la table étaient posées trois larges coupes de cristal qui chatoyaient sous l’effet des rayons du soleil se déversant par les fenêtres. Une vaste bibliothèque courait le long d’un mur de la pièce, les rayonnages emplis de livres anciens. L’ensemble invitait au silence, à la réflexion et à la méditation.

    - Oui, j’entends bien ce que tu dis, reprit l’homme à la robe de bure. Mais de quelle façon exactement veux-tu faire fructifier tes connaissances ? Dans quel but, dis-moi ?

    Le Pèlerin répondit vivement :

    - Mais de la meilleure façon qui soit ! Me voilà avisé et instruit. J’ai peiné pour me défaire des voiles de l’illusion, j’ai souffert, subi et enduré, maintenant je veux pouvoir récupérer mon dû !

    Pendant qu'il parlait, le regard du Pèlerin s’était fait insistant, traduisant un besoin d’acquiescement de la part de son interlocuteur. Celui-ci s’était levé pour s’approcher de la table. Il regarda son visiteur et tendant la main vers une des trois coupes de cristal, lui demanda :

    - Dis-moi, Pèlerin, que vois-tu là ?

    - Je vois une coupe de cristal.

    - Et que fait la lumière qui en émane ?

    - Eh bien, elle brille.

    L’homme sage dit alors en souriant:

    - Tu vois que la coupe ne garde pas la lumière pour elle-même, n’est-ce pas ? Eh bien, sois à l’image de cette coupe Ami Pèlerin ! Reçois et transmets la lumière, sois une source de paix et de sagesse, partage ce que tu as acquis. Cela seul t’apportera la paix et le bonheur véritables.